Les collectifs d’enquête REFLEKT, WAV Recherchekollektiv et CORRECTIV Suisse unissent leurs forces. Grâce au «LokalHub» nouvellement créé, ils souhaitent mener des enquêtes pertinentes au niveau régional en collaboration avec des journalistes de médias locaux.
Soutenir les enquêtes d’investigation dans le journalisme local: tel est l’objectif du «LokalHub» récemment créé par les trois organisations d’enquête REFLEKT, WAV Recherchekollektiv et CORRECTIV Suisse. La plateforme met en relation des collectifs d’investigation et des rédactions locales. «Les journalistes au niveau local sont souvent les premier·es à détecter des dysfonctionnements – mais ils et elles manquent de moyens pour les examiner en profondeur», explique Christian Zeier de REFLEKT. «C’est précisément là qu’intervient le LokalHub.»
Les journalistes intéressé·es peuvent rejoindre la communauté du «LokalHub» directement via le site web. Suite à leur inscription, les concerné·es reçoivent des informations sur de possibles collaborations d’enquête et peuvent proposer leurs propres projets de reportages. L’objectif est ainsi de créer des coopérations avec les membres des organisations d’enquête, ce qui permettra non seulement de renforcer la qualité journalistique, mais aussi d’accroître la portée des sujets publiés.
Ce projet vise non seulement à favoriser des enquêtes et publications communes, mais aussi à encourager le partage de connaissances entre le journalisme d’investigation et le journalisme local. Des formations continues et des événements axés sur la pratique sont prévus à cet effet.
Le «LokalHub» est soutenu par des contributions de la Fondation Mercator Suisse ainsi que de la Fondation Volkart. Des organisations partenaires, telles que le réseau d’enquête investigativ.ch, sont également associées au projet.
La ZHAW a examiné la sécurité des journalistes en Suisse dans le cadre d’une étude représentative, commandée par l’Office fédéral de la communication. Les journalistes d’investigation figurent en pole position de cette «Analyse des risques dans le journalisme en Suisse».
Texte: Céline Graf
En Suisse, les journalistes d’investigation sont, plus que leurs collègues, confronté·es à des discours de haine, à des menaces ou procédures juridiques, ainsi qu’à des attaques numériques telles que du piratage. C’est ce que démontre l’étude «Analyse des risques dans le journalisme en Suisse», publiée le 17 novembre.
L’étude représentative menée par la Haute école zurichoise des sciences appliquées (ZHAW) a interrogé plus de 1700 professionnel·les des médias en Suisse romande, alémanique et italophone sur les menaces et agressions verbales ou physiques subies, les pressions et attaques juridiques, la charge psychique liée à leur activité et leurs stratégies d’adaptation. Un second volet plus approfondi a été mené auprès d’un échantillon de 300 participant·es.
«Nous avons de quoi être inquiets»
Selon les résultats, en 2024, six journalistes sur dix ont été confronté·es à des discours de haine ou à des insultes, et quatre sur dix à des démarches juridiques – annoncées ou effectives. Les journalistes d’investigation sont particulièrement exposé·es. L’étude désigne par-là celles et ceux qui recourent fréquemment à des méthodes d’investigation, utilisent la loi sur la transparence pour obtenir des informations, participent à des enquêtes transfrontalières, mènent des enquêtes sous couverture ou effectuent des vérifications des faits complexes.
Une explication réside dans le rôle de «chiens de garde» attribué aux journalistes d’investigation: les personnes qui, par leur travail, entendent «contrôler les puissants, mettre en lumière les dysfonctionnements et contrer la désinformation» sont, selon les chercheurs, plus susceptibles d’être menacées ou visées par des actions en justice. Lors de la conférence de presse, le directeur de l’étude, Vinzenz Wyss, professeur de médias à la ZHAW, a déclaré que si l’investigation – cette «prestation journalistique indispensable au fonctionnement de la démocratie» – se retrouvait particulièrement sous pression, «nous avons de quoi être inquiets».
Répercussions négatives des menaces et attaques
Sur le plan personnel, toutes les personnes interrogées dans l’étude mentionnent les répercussions négatives que ces menaces et attaques ont sur leur bien-être et leur niveau de stress. Les journalistes d’investigation font également partie des groupes professionnels présentant un risque accru de burn-out.
L’Office fédéral de la communication a mandaté l’Institut des sciences appliquées des médias de la ZHAW pour réaliser cette étude. Selon l’équipe de recherche, l’«Analyse des risques dans le journalisme en Suisse» contribue à l’objectif du plan d’action national de l’OFCOM visant à renforcer la sécurité des professionnel·les des médias en Suisse, à valoriser socialement leur métier et à rappeler l’importance des médias pour le bon fonctionnement de la démocratie.
Wyss, Schäfer et Wyss (2025). Gefährdungsmonitor Journalismus Schweiz: empirische Befunde zur wahrgenommenen Sicherheitssituation und zu Copingstrategien von Medienschaffenden. Etude de la ZHAW mandatée par l’OFCOM. DOI: 10.21256/zhaw-2571
Qui mérite le Sabot d’or 2025 pour avoir commis la plus importante entrave à l’information? Comme chaque année, le comité d’investigativ.ch a sélectionné les candidats les plus prometteurs parmi vos nombreuses propositions.
Scandale environnemental étouffé: Groupe d’emballage Amcor
Articles censurés: Institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic
Avocats externes contre les enquêtes: Département de la défense DDPS
Campagnes juridiques contre les médias: Entrepreneur Stéphane Barbier-Mueller
Tous les membres d’investigativ.ch peuvent voter. Ils ont reçu un courriel à cet effet.
Scandale environnemental étouffé
Plusieurs incidents au cours desquels des substances toxiques contenant des PFAS ont été rejetées dans l’environnement se sont produits au sein du groupe australien d’emballage Amcor Flexibles Rorschach AG à Goldach, dans le canton de Saint-Gall. De plus, l’eau utilisée pour éteindre un incendie n’a pas été évacuée de manière appropriée: elle s’est déversée dans une rivière avant d’atteindre le lac de Constance, le plus grand réservoir d’eau potable d’Europe. L’entreprise a cependant tenté pendant des années de dissimuler ses erreurs. Non seulement Amcor n’a jamais communiqué de manière proactive sur ces incidents, mais a également cherché à retarder, minimiser ou masquer les informations destinées aux autorités, aux médias et au public. Ce n’est qu’après les investigations du St. Galler Tagblatt que l’affaire a été dévoilée.
Extrait de la prise de position d’Amcor:
Nous avons rendu publique notre position concernant les événements survenus à Goldach et avons exprimé nos regrets. Le fait qu’Amcor entreprenne les démarches juridiques appropriées pour protéger ses droits et ceux de ses collaboratrices et collaborateurs s’inscrit dans le cadre d’une société normative fondée sur les faits et l’état de droit. Ces mesures de protection juridique ne constituent en aucun cas un obstacle à la transparence ni une atteinte à la liberté de la presse, que nous soutenons pleinement.
Au début de l’année, l’institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic a interdit à plusieurs grands titres et groupes de presse suisses – parmi lesquels la NZZ, Ringier et 20 Minuten – de publier certains articles portant sur de nouvelles injections amaigrissantes. Selon lui, ces articles constitueraient une forme de publicité pour des médicaments spécifiques. Les médias concernés ainsi que plusieurs spécialistes du droit y voient une forme de censure et critiquent l’interprétation jugée trop extensive de la loi sur les produits thérapeutiques par l’autorité. En effet, presque toute couverture éditoriale relative à des médicaments – y compris un article critique – pourrait être considérée comme de la publicité. Or, des thèmes tels que la perte de poids font partie du débat public.
Extrait de la prise de position d’Swissmedic:
Le Parlement a édicté une interdiction de la publicité destinée au public pour les médicaments soumis à prescription, afin de protéger la santé publique. Cette mesure vise à éviter que les consommatrices et consommateurs ne fassent un usage inapproprié de médicaments sur la base d’affirmations unilatérales ou exagérées. Jusqu’à présent, plusieurs décisions de justice ont confirmé cette approche. Une couverture médiatique équilibrée, complète et objective reste entièrement possible — à condition que toutes les options thérapeutiques soient mentionnées, que les risques connus soient présentés et qu’aucun produit particulier ne soit mis en avant.
A l’été 2025, il a été révélé que le Département fédéral de la défense (DDPS) avait dépensé, au cours des deux années précédentes, 175’000 francs d’argent public pour obtenir des conseils juridiques externes – uniquement afin de se préparer à répondre à des demandes de documents de la part de journalistes s’appuyant sur la loi sur la transparence (LTrans). Au lieu de divulguer les pièces demandées, le département a mandaté une étude d’avocats zurichoise pour argumenter juridiquement contre leur publication. S’y ajoute une gestion de la communication jugée de plus en plus problématique: le DDPS publie des «rectifications» qui n’en sont pas vraiment, mais plutôt des plaidoyers en sa propre faveur. Même lorsque des faits se sont manifestement avérés faux, le département supprime des extraits ou refuse de reconnaître ses erreurs – comme dans le cas des prétendus prix fixes pour l’avion de combat F-35.
Extrait de la prise de position du DDPS:
Nous pourrions vous expliquer en détail, pour chaque dossier, pourquoi nous avons communiqué de la manière que vous critiquez – par exemple que nous devons tenir compte des prescriptions légales en matière d’acquisitions et gérer avec responsabilité des informations sensibles liées à la sécurité de notre pays, ou encore que nous devons, dans la tension entre ces exigences et le besoin d’information, parfois renoncer à une transparence totale […]. Il nous semble toutefois plus important de considérer cette nomination comme un encouragement à poursuivre l’amélioration de nos pratiques, à renforcer la transparence et à continuer de remplir notre mission d’information telle que définie par la loi.
L’entrepreneur genevois Stéphane Barbier-Mueller a lancé des poursuites à l’encontre de nombreux médias et journalistes, parfois accompagnées d’un commandement de payer pouvant aller jusqu’à 620’000 francs, afin d’empêcher la publication de son nom. Ces poursuites pénales et civiles visaient des articles mentionnant son implication dans le procès de l’ancien directeur de la banque Raiffeisen qui s’est tenu en 2022. Certaines affaires ont été portées devant le Tribunal fédéral, qui a systématiquement donné raison aux médias. L’un des exemples les plus récents: une procédure est actuellement en cours contre le journal genevois Le Courrier, ce qui mobilise beaucoup de ressources pour un petit journal indépendant. Le tribunal de première instance a donné raison au journal.
Réponse:Stéphane Barbier-Mueller n’a pas répondu à notre demande de prise de position.
investigativ.ch condamne l’attaque de la Russie contre Reporters sans frontières. Les organisations médiatiques apportent une contribution essentielle au journalisme et à la liberté de la presse. Affaiblir les organisations médiatiques revient à attaquer la culture démocratique dans son ensemble.
Le ministère russe de la Justice a annoncé le 14 août avoir inscrit l’organisation des médias Reporters sans frontières (RSF) sur la liste des «organisations indésirables» qui regroupe les entités étrangères accusées par le Kremlin de constituer une «menace pour la Russie». Il indique que cette décision a été prise par la justice russe le 23 juillet. RSF, qui ne dispose pourtant d’aucune présence sur le territoire russe, n’en a jamais été informé.
Cette mesure vise à réduire au silence les voix indépendantes et à restreindre la liberté de la presse, déclare Denis Masmejan, secrétaire général de RSF Suisse: «Nous continuerons à enquêter et à dénoncer la guerre contre l’information qu’il livre et à œuvrer pour que chaque responsable russe de crimes contre les journalistes, en Russie comme en Ukraine, soit identifié et jugé.»
Le réseau d’enquête investigativ.ch condamne avec la plus grande fermeté la décision russe. Une attaque contre une organisation médiatique n’est pas seulement un coup porté à une institution, mais constitue une menace sérieuse pour un paysage médiatique déjà fortement sous pression, selon la directrice Eva Hirschi.
«Les organisations de médias apportent une contribution essentielle au renforcement du journalisme indépendant et à la liberté de la presse, ainsi qu’à la diversité médiatique et garantissent la qualité des productions journalistiques. Affaiblir les organisations journalistiques porte atteinte à la culture démocratique dans son ensemble», poursuit Eva Hirschi.
Selon Reporters sans frontières, cette décision n’est pas sans conséquences: «Toutes les personnes qui coopèrent avec les «organisations étrangères» ou contribuent à son financement en Russie sont passibles de poursuites administratives et d’amendes. En cas de récidive, les poursuites peuvent être pénales et passibles de peines allant jusqu’à cinq ans d’emprisonnement. La moindre référence à une telle organisation ou la republication d’informations provenant de l’une d’elles suffisent à déclencher ces poursuites.»
Le moment est à nouveau venu de décerner notre Sabot d’or! Nous cherchons des candidates et des candidats pour ce prix, remis depuis 2014 par le réseau d’enquête investigativ.ch, qui récompense les pires bloqueurs d’accès à l’information. Vous le savez de votre expérience quotidienne: les services de presse, les conseillers et conseillères en relations publiques et les autorités trouvent régulièrement des raisons de ne pas informer. La plupart du temps, leurs refus sont amicaux, mais il leur arrive aussi de mentir sans vergogne. Cela tourne parfois à l’absurde lorsqu’il est indiqué que le traitement de la demande entraînera le paiement d’émoluments de plus de 100’000 francs.
Soumettez maintenant vos meilleurs candidats et meilleures candidates au Sabot d’or – un e-mail avec une brève motivation à kontakt(at)investigativ.ch suffit. Le comité établira ensuite uneliste des nominés pour lesquels les membres d’investigativ.ch voteront.Ici, vous pouvez devenir membre.
Le ministère public n’est pas autorisé à exploiter les notes et fichiers saisis appartenant au journaliste d’«Inside Paradeplatz» Lukas Hässig. Telle est la conclusion de la juge du Tribunal des mesures de contrainte de Zurich. Un signal d’alarme pour le Parlement: il est grand temps de réformer la loi sur les banques!
Il s’agissait du premier cas dans lequel l’article 47 de la loi sur les banques a été invoqué à l’encontre d’un journaliste. Début juin, le ministère public et la police ont procédé à une perquisition au bureau et au domicile de Lukas Hässig, fondateur et journaliste du portail financier en ligne «Inside Paradeplatz». Des carnets de notes, un téléphone portable et un ordinateur portable ont été saisis.
La raison invoquée: un soupçon de violation du secret bancaire dans l’affaire Raiffeisen, que Lukas Hässig avait révélée en 2016 en mettant au jour des mouvements de fonds dissimulés ainsi que des conflits d’intérêts. Les objets confisqués ont été mis sous scellés à la demande de Lukas Hässig.
La juge du tribunal de district est désormais arrivée à la conclusion suivante: la liberté de la presse et la protection des sources priment le secret bancaire. Pour lever cette protection, il aurait fallu qu’un «soupçon sérieux et urgent» soit établi, ce qui n’était pas le cas ici. De plus, l’intérêt public l’emporte clairement dans cette affaire: «Par sa publication, l’intimé a agi dans l’intérêt de la société et a rempli sa mission de journaliste d’investigation en révélant de possibles violations de la loi, ainsi qu’en assumant son devoir d’information», cite Lukas Hässig en s’appuyant sur la décision de justice. La liberté de la presse est «également protégée par la Constitution fédérale et par la CEDH», souligne encore la juge.
La procédure pénale contre Lukas Hässig se poursuit néanmoins. Le jugement du Tribunal des mesures de contrainte de Zurich concernant la perquisition peut encore être contesté devant le Tribunal fédéral dans un délai de trente jours.
Cela semble cependant peu probable: en 2013, le Tribunal cantonal de Neuchâtel avait déjà rappelé à l’ordre le ministère public dans une affaire comparable. Le matériel saisi au domicile du journaliste Ludovic Rocchi devait lui être restitué, selon le jugement de l’époque. Les juges avaient alors fait remarquer qu’une perquisition pouvait servir de moyen de pression contre les journalistes, alors que dans un Etat de droit ces derniers doivent être protégés contre de telles tentatives d’intimidation. Toutefois, à l’époque, il ne s’agissait pas d’une enquête dans le domaine bancaire, mais de la mise au jour de plagiats commis par un professeur de l’Université de Neuchâtel.
L’affaire de Lukas Hässig représente ainsi la première utilisation de l’article 47 de la loi sur les banques contre un journaliste. Nous appelons dès lors le Parlement à agir: la loi sur les banques doit être révisée. Les enquêtes journalistiques dans le secteur financier doivent pouvoir se dérouler sans menace de poursuites pénales ni de perquisition.
Mise à jour: Le ministère public a annoncé le 16 juillet 2025 qu’il acceptait la décision et ne ferait pas appel. Les documents de Lukas Hässig resteront sous scellés.
Martin Stoll a reçu le Prix du journalisme de Zurich pour sa contribution remarquable et durable au journalisme d’investigation suisse. Directeur de l’organisation Loitransparence.ch, il est également membre du comité d’investigativ.ch. Nos plus chaleureuses félicitations!
«Grâce à sa ténacité au cours de ses enquêtes et à son courage à mettre en lumière des dysfonctionnements – allant des liens secrets du service de renseignement suisse jusqu’à des affaires ayant mené à des démissions au plus haut niveau politique – Martin Stoll a profondément marqué le journalisme», souligne le jury du Prix du journalisme de Zurich.
L’engagement de Martin Stoll en faveur de la transparence et de l’accès public à l’information – notamment en tant que fondateur de Loitransparence.ch – a amélioré les conditions de travail de générations entières de journalistes, selon l’éloge adressé au lauréat de 63 ans.
Martin Stoll a fait partie de l’équipe fondatrice de l’association investigativ.ch en 2010. Depuis, il s’y investit bénévolement au sein du comité, dont il est le membre doyen.
Le Prix du journalisme de Zurich compte parmi les distinctions les plus prestigieuses du journalisme en Suisse. Depuis 1981, il récompense des prestations journalistiques remarquables issues de la presse écrite et des médias en ligne. La fondation qui le décerne est soutenue par les groupes de presse CH Media, NZZ, Ringier et Tamedia.
Plus de projets, plus d’élan: Dominique Botti (24 Heures), Doris Kleck (CH Media) et Pasquale Ferrara (K-Tipp/saldo) ont été élus au comité d’investigativ.ch lors de l’assemblée générale. Par ailleurs, le taux d’occupation du secrétariat a été augmenté de 20 à 30 %.
Le réseau suisse d’enquête grandit. Pour ce faire, l’association mise notamment sur un comité élargi: «Nous sommes ravis que Dominique, Doris et Pasquale, trois journalistes expérimentés et très motivés issus de différentes rédactions, viennent renforcer le comité», déclare la directrice Eva Hirschi. Les membres du comité s’engagent bénévolement en faveur du réseau d’enquête.
Dominique Botti est journaliste pour la rubrique vaudoise de 24 Heures à Lausanne. Il est spécialisé dans les reportages et la chronique judiciaire. Auparavant, il a travaillé pour la cellule d’enquête nationale de Tamedia pour 20 Minutes, Le Matin Bleu, Le Matin et Le Matin Dimanche.
Doris Kleck est co-responsable de la rédaction de CH Media au Palais fédéral. Elle est également rédactrice en chef adjointe de la rédaction centrale de CH Media. Elle a suivi le Summer Investigative Reporting Course à la Columbia University à New York, enseigne au MAZ (centre suisse de formation au journalisme) et siège dans le jury du prix zurichois du journalisme. Elle a étudié les relations internationales aux universités de Saint-Gall et de Genève.
Pasquale Ferrara est co-responsable des rédactions des magazines K-Tipp/saldo dont il dirige l’équipe d’enquête. Il a auparavant travaillé près de 25 ans pour la SRF: en tant que rédacteur, producteur et rédacteur en chef adjoint de l’émission «Kassensturz», puis dans différentes fonctions pour «10vor10» et à la newsroom. Il a étudié l’histoire aux universités de Zurich et Lausanne, puis a suivi la formation de base au MAZ.
Martin Stoll (Loitransparence.ch), Fiona Endres (SRF Investigativ), Sven Altermatt (Blick), Anielle Peterhans (Tamedia) et Laura Drompt (Bon à savoir) continuent à siéger au comité. Cathrin Caprez, journaliste scientifique à la SRF, a quitté le comité lors de l’assemblée générale pour des raisons familiales. L’année dernière, Marc Meschenmoser (anciennement K-Tipp/saldo) et Timo Grossenbacher (anciennement Tamedia) ont quitté investigativ.ch afin de se réorienter professionnellement.
Le secrétariat, dirigé par la journaliste indépendante Eva Hirschi, a en outre été augmenté à un taux d’activité de 30% (contre 20% auparavant). Ce renforcement est rendu possible par le financement d’un projet visant à promouvoir le journalisme d’enquête dans les médias locaux. Il est soutenu par la Fondation Elkman ainsi que la Fondation Gottlieb et Hans Vogt. Les différents modules du projet sont en cours d’élaboration; le lancement est prévu pour l’automne 2025.
Entre bandes dessinées, reels et arts visuels: pour marquer les 15 ans de l’association, investigativ.ch a organisé une conférence anniversaire sur le thème «Repensons le journalisme d’investigation».
La conférence annuelle 2025 d’investigativ.ch était une édition particulière: il s’agissait d’une conférence anniversaire. L’association existe depuis 15 ans – et puisque la pandémie de Covid-19 avait rendu impossible de fêter un chiffre rond, nous avons donc décidé de marquer cette nouvelle étape.
«Entre flipcharts, plateaux de fromage et grandes idées»: c’est ainsi qu’est née l’association investigativ.ch, a raconté le membre fondateur et doyen du comité Martin Stoll, lors de la conférence du 9 mai à Berne. À l’occasion de cet anniversaire, il est revenu sur l’histoire du réseau d’enquête, sur l’évolution du journalisme d’investigation en Suisse – et sur son rôle essentiel:
«Nous ne sommes pas seulement les chiens de garde des puissants. Nous sommes aussi les chiens de garde du journalisme lui-même. Nous protégeons ce qui risque de se perdre: le sens, la raison d’être de notre métier. L’idée que le journalisme est plus que du simple contenu. Plus que des clics.»
Un enregistrement du discours de Martin Stoll peut être visionné ici (en allemand):
C’est justement cela qu’incarne investigativ.ch: un lieu de rencontre pour les journalistes passionnés. Et c’est dans cet esprit d’échange, d’inspiration et de mise en réseau au-delà des rédactions que s’est tenue cette conférence.
La créativité ne s’arrête pas à l’enquête
Des invité-e-s de renom ont animé des ateliers et discussions sur des formats narratifs innovants et des approches créatives. Avec Jake Rees du Centre for Investigative Journalism de Londres, il a été question d’art. Il nous a présenté le Center for Artistic Inquiry and Reporting (CAIR), projet qui explore comment les méthodes artistiques peuvent enrichir les enquêtes et ouvrir de nouvelles perspectives dans la narration journalistique.
Le roman graphique se situe à la rencontre de deux disciplines: le journalisme et le dessin. Nous en avons discuté avec Éric Burnand, journaliste romand, et Denise Brechbühl Díaz, journaliste alémanique. Collaborant avec un illustrateur, Éric Burnand a raconté dans la bande dessinée «Berne, nid d’espions» une affaire d’espionnage impliquant le procureur général René Dubois durant la guerre froide. Denise Brechbühl a enquêté sur la prostitution et les violences qui y sont liées; ses recherches ont été publiées sous forme de bande dessinée dans Das Magazin du groupe Tamedia.
Faire participer le public
Sur des plateformes comme Youtube ou Instagram, de nouveaux formats vidéo permettent de raconter des enquêtes autrement – en impliquant le public dès le début du processus d’investigation. Nous avons échangé à ce sujet avec Cécile Tran-Tien, journaliste à la RTS, qui dans le format Youtube Vraimentrend son travail d’enquête transparent – y compris quand elle échoue ou change de cap. Le public peut même enquêter avec elle. Autre exemple: le collectif Reflekt, dont fait partie Christian Zeier, mise sur des vidéos courtes et ludiques pour raconter de grandes enquêtes, portées à l’écran par l’animatrice et comédienne Gülsha Adilji. Eux aussi ont déjà impliqué leur communauté dans une enquête.
Nous avons aussi eu le plaisir d’accueillir Derek Bowler, spécialiste de l’OSINT et responsable du Social Newsgathering chez Eurovision News à Genève. Il a animé un atelier sur les méthodes d’enquête basées sur l’Open Source Intelligence et l’intelligence artificielle.
Raconter, mais autrement
Pour clore la journée, une table ronde a réuni trois invité-e-s autour d’une question centrale: quel format pour quelle enquête? Après avoir signé plusieurs articles sur les loups, Camille Krafft, journaliste au BlickRomandie, a opté de traiter le sujet sous tous les angles dans un livre («D’un loup à l’autre»). Michael Bolliger, monteur et concepteur narratif à SRF Investigativ, repense les formes de narration dès la phase de conception des enquêtes audiovisuelles. Boris Gygax, responsable des nouveaux contenus numériques chez Tamedia, expérimente quant à lui des formats croisés, du podcast au documentaire en passant par les vidéos pour les réseaux sociaux.
Une après-midi dense, riche en inspiration – et, nous l’espérons, en motivation: il existe mille et une façons de raconter des enquêtes. Comme toujours, la conférence s’est conclue par notre apéroréseautage, très apprécié. Le vif intérêt et la qualité des échanges ont une fois de plus confirmé que le journalisme d’investigation en Suisse est porté par une véritable passion.
Les journalistes risquent toujours des poursuites pénales s’ils publient des informations issues de fuites bancaires. Ce climat dissuade désormais aussi les professionnelsétrangers, qui évitent de se rendre en Suisse. investigativ.ch appelle à une révision urgente de la loi.
«J’ai décidé de ne plus me rendre en Suisse», déclare Antonio Baquero, coordinateur de la plateforme européenne d’investigation OCCRP. En 2022, il a participé à la publication des «Suisse Secrets», une investigation internationale portant sur plus de 100 milliards de francs suisse détenus par 30 000 clients du Crédit suisse. «D’autres collègues se montrent également prudents. Je ne pense pas que les autorités suisses m’arrêteraient, mais je ne veux pas courir le risque d’être retenu et interrogé», a-t-il confié au Tages-Anzeiger.
Selon l’article 47 de la Loi fédérale sur les banques, les journalistes s’exposent en Suisse à des poursuites pénales passibles de jusqu’à trois ans de prison ou d’une amende s’ils publient des informations issues de documents bancaires confidentiels. Cette disposition légale a suscité une vive prise de conscience avec la publication des «Suisse Secrets», plus de 160 journalistes du monde entier – mais aucun Helvète – y ont participé.
Comme l’a révélé le Tages-Anzeiger la semaine dernière, cette loi semble désormais dissuader aussi les journalistes étrangers. Plusieurs figures renommées de l’investigation renoncent à mettre un pied sur le territoire. «Le fait que les rédactions suisses soient ainsi fortement limitées dans leur travail d’information et que les journalistes étrangers se voient même empêchés d’entrer en Suisse constitue une restriction inacceptable de la liberté de la presse», alerte l’organisation Reporters sans frontières Suisse.
D’après le Tages-Anzeiger, plusieurs expertises juridiques confirment ce risque. La banque genevoise Reyl est apparemment déjà passée à l’action: à la suite d’un reportage critique, ses avocats ont adressé une lettre agressive aux cinq journalistes, avec la menace d’une plainte pénale pour violation du secret bancaire, rapporte encore le Tages-Anzeiger.
Il est inacceptable que les médias ne puissent remplir leur rôle démocratique essentiel sur un sujet aussi crucial pour la Suisse, place bancaire internationale, sans craindre des poursuites pénales. Le public a le droit d’être informé.