« Mener l’enquête »

Gilles Labarthe, membre d’investigativ.ch, vient de publier une étude sur le journalisme d’investigation en Suisse

Quel est le comportement d’une équipe de tournage d’un film d’investigation TV confrontée à des refus d’accès aux sources? Quand et comment prend-elle la décision de recourir à la caméra cachée, à des pratiques «innovantes» ou même, «déloyales»? Quelles sont les principales stratégies et tactiques déployées pour faire face à des fonctionnaires réticents, aux nouvelles contraintes économiques et technologiques, aux risques d’uniformisation des médias? 

A travers une approche socio-ethnographique liant observation participante, entretiens semi-directs et récits de pratiques, ce livre propose d’étudier en détail l’évolution récente des «arts de faire» de l’enquête que les journalistes mobilisent, en tant qu’acteurs sociaux inscrits dans les relations triangulaires entre médias, pouvoirs (politiques, institutionnels, économiques…) et public.

L’auteur montre que les professionnel·le·s de l’investigation journalistique entretiennent une «nécessaire indétermination» autour de leurs pratiques. Ils recourent à des techniques d’enquête implicites, mouvantes et créatives; ceci, à la fois pour remédier aux désavantages d’une position précaire (manque de budget, de moyens…), pour contourner des problèmes d’accès aux informations gouvernementales, pour échapper à des tentatives de prise de contrôle sur leurs activités ou encore, plus récemment, pour déjouer les risques liés à la cybersurveillance.Gilles Labarthe propose de nouveaux éléments de compréhension sur le journalisme d’investigation et ses enjeux actuels, un champ de recherche qui n’avait encore jamais été exploré de manière approfondie en Suisse, sous cet angle. Il apporte aussi de nouvelles notions et des clés de lecture concernant la déontologie et les «fondamentaux» du métier, utiles aux cursus de formation professionnelle.   

Gilles Labarthe a un double parcours de chercheur scientifique et de journaliste indépendant (collaborateur pour La Liberté, Le Courrier, cofondateur de DATAS agence de presse). Auteur de livres et de films documentaires d’enquête, il est docteur en Journalism & Media Studies (Université de Neuchâtel). Il intervient aussi comme chargé de formation.

investigativ.ch salue le pas du Conseil des Etats vers plus de transparence

Le Conseil des Etats a décidé aujourd’hui par 25 voix contre 18 et une abstention d’entrer en matière sur la proposition d’exonération des émoluments dans le cadre de la loi sur la transparence. La plateforme Loitransparence.ch et le réseau d’enquête investigativ.ch sont ravis de ce revirement de la Chambre des cantons.

Alors que sa commission compétente refusait d’entrer en matière sur l’initiative parlementaire de la conseillère nationale Edith Graf-Litscher, le Conseil des Etats a, lui, reconnu la nécessité d’adapter dans la loi les règles relatives aux émoluments. Cette décision ouvre la voie à un accès en principe gratuit aux documents de l’administration.

Par le passé, les médias ont pu à plusieurs reprises attirer l’attention sur des erreurs et des manquements au sein de l’administration grâce à la loi sur la transparence. Il est toutefois arrivé que des rédactions doivent aller jusqu’au Tribunal fédéral pour contester des émoluments réclamés par l’administration. Les juges ont considéré en 2013 que des frais même modestes de 100 ou 200 francs peuvent être dissuasifs et faire obstacle à la transparence.

La décision de ce jour est également réjouissante du point de vue des citoyennes et des citoyens. Un fossé est en effet apparu ces derniers mois entre une part étonnamment importante de la population et l’administration. Il n’est dans cette situation pas opportun que l’accès à l’administration soit compliqué par des émoluments. Les lois sur la transparence de la Confédération et des cantons ont pour but de renforcer la confiance de la population en ses autorités politiques.

Les principales organisations de la branche des médias en Suisse (la SSR, Médias Suisses, Tamedia, Ringier, etc.) et plus de 600 professionnelles et professionnels des médias parmi lesquels 50 rédactrices et rédacteurs en chef (du Temps, de la NZZ, de Tamedia et de CH Media notamment) ont adressé une lettre ouverte au Parlement pour lui demander de supprimer les émoluments facturés pour l’accès aux documents de l’administration. Loitransparence.ch et investigativ.ch ont coordonné cette action.

Rencontre avec les autrices du «Dossier Urwyler» sur Zoom

Dans «Le dossier Urwyler», un documentaire podcast en cinq parties publié par «Blick», les journalistes Charlotte Theile, Franziska Engelhardt et Monika Rufener (Elephant Stories) reviennent sur le combat de la médecin cheffe Natalie Urwyler.

Les autrices détaillent sa détermination à lutter, y compris devant les tribunaux, contre la discrimination dont elle a été l’objet à l’Inselspital à Berne, Hôpital universitaire de Berne. Notre «Fonds d’enquête de la Fondation Gottlieb et Hans Vogt pour investigativ.ch» a co-financé une partie de la recherche.

La discussion aura lieu le 11 novembre à 18h, en allemand, sur Zoom.

Atelier en ligne: qui se cache derrière un site web?

Jusqu’à fin 2020, les informations sur les détenteurs de site web étaient accessibles au public et constituaient un élément important de nombreuses enquêtes. Elles ne sont toutefois plus accessibles au public depuis la révision de l’ordonnance correspondante au début de cette année. investigativ.ch s’est entretenu avec l’OFCOM et le registre suisse des domaines SWITCH afin de trouver un moyen pour les journalistes de documenter «l’intérêt légitime» prévu par l’ordonnance pour obtenir malgré tout l’accès au registre.

Entretemps, nous avons élaboré avec SWITCH une marche à suivre pour les journalistes pour les demandes d’informations sur un détenteur. Nous montrerons comment le formulaire type doit être rempli et quelles indications supplémentaires sont importantes pour de telles requêtes.

SWITCH: comment obtenir les informations sur les détenteurs de domaine en tant que journaliste

12 octobre, de 13h30 à 14h15, en allemand

Atelier en ligne avec Otto Hostettler (Beobachter) via Zoom

L’inscription n’est pas nécessaire. Voici le lien direct.

Le Sabot d’or extraordinaire 2021 attribué au conseiller aux Etats PLR Thomas Hefti

Attaque contre la liberté de la presse: le conseiller aux Etats PLR Thomas Hefti veut plus facilement empêcher la publication d’articles critiques. Raison pour laquelle nous lui avons décerné notre Sabot d’or extraordinaire.

Co-président Marc Meschenmoser avec le Sabot d’or 2021

Le Parlement examine en parallèle plusieurs objets qui pourraient tant restreindre la liberté de la presse que péjorer les conditions d’enquête des journalistes en Suisse. C’est pourquoi le réseau d’enquête investigativ.ch a remis cette année un Sabot d’or extraordinaire au conseiller aux Etats Thomas Hefti (GL, PLR). On lui doit une proposition visant à renforcer l’article 266 du Code de procédure civile et à faciliter la prise de mesures provisionnelles contre les médias.

«Le conseiller aux Etats Thomas Hefti a profité de la confidentialité d’une séance de commission pour lancer l’attaque la plus grave contre le journalisme critique», a expliqué Marc Meschenmoser, co-président d’investigativ.ch. Concrètement, il vise les limites fixées à un tribunal pour ordonner des «mesures provisionnelles contre un média à caractère périodique». Entre autres critères, un «préjudice grave» suffira prochainement à justifier l’interdiction d’une contribution journalistique, alors qu’un «préjudice particulièrement grave» était jusqu’ici nécessaire. Le Conseil des Etats a entériné cette proposition par 30 voix contre 12.

Les journalistes ainsi que les spécialistes du droit des médias mettent en garde contre cette atteinte à la liberté de la presse. Ils parlent d’un véritable article-muselière. L’avocat Matthias Schwaibold a récemment écrit tenir cette modification pour une «attaque frontale contre la liberté de la presse» dépourvue de raison, la barre étant déjà placée bas quant aux exigences à remplir pour obtenir des mesures superprovisionnelles empêchant une publication. «Le politicien libéral a vraisemblablement peu confiance en la justice, qui peut déjà interdire des enquêtes portant atteinte aux droits de la personne», a déclaré Marc Meschenmoser.

Investigativ.ch remet chaque année depuis 2004 un Sabot d’or comme «récompense» aux pires empêcheurs d’informer. Avec ce prix, le réseau de recherche des journalistes d’investigation en Suisse veut mettre en lumière ces obstructions et en faire l’objet d’un débat. Le Sabot d’or extraordinaire a été remis cette année à Bienne dans le cadre de la rencontre annuelle d’investigativ.ch. Thomas Hefti n’a pas souhaité recevoir ce prix en personne. «En tant que représentant du peuple, Thomas Hefti a refusé un débat public, avec les journalistes d’investigativ.ch, sur son amendement. Il s’est montré tout à fait digne de son Sabot d’or extraordinaire», a souligné Marc Meschenmoser.

Fiona Endres, membre du comité d’investigativ.ch, devient co-directrice du nouveau bureau d’enquête de SRF

SRF met en place un nouveau bureau d’enquête. Les deux journalistes de l’émission «Rundschau» Fiona Endres et Nina Blaser  en prennent conjointement la tête.

Bonne nouvelle pour le journalisme d’investigation en Suisse: SRF crée un «desk d’investigation» pour renforcer le journalisme de fond. Ce bureau d’enquête produira principalement des contenus pour les chaînes numériques et n’est pas rattaché à un programme radio ou télé spécifique. Les enquêtes seront publiées dans différents formats sur SRF.

Fiona Endres, membre du comité d’investigativ.ch, et sa collègue de la «Rundschau» Nina Blaser en assument la co-direction. Fiona Endres travaille pour l’émission «Rundschau» depuis 2017 et s’occupe principalement de sujets liés à la politique, l’environnement, l’économie et l’asile.

Son enquête sur l’«affaire Crypto» l’automne dernier lui avait valu ainsi qu’à ses collègues d’être élus journalistes suisses de l’année. La codirection du bureau lui permettra, ainsi qu’à Nina Blaser, de continuer de mener elle-même des enquêtes importantes avec la ténacité qui est la sienne.

L’équipe principale de «SRF Investigativ» est par ailleurs au complet: Leo Eiholzer, Ben Heubl, Maj-Britt Horlacher, Simon Jäggi, Philippe Odermatt, Stefanie Pauli, Andreas Schmid et Nadine Woodtli ont été recrutés parmi plus de 100 candidats. En outre, d’autres rédactrices et rédacteurs spécialisé-e-s de SRF pourront temporairement rejoindre le bureau d’enquête pour leurs propres projets.

Invitation à la fête annuelle d’investigativ.ch

Nous invitons tous les membres et toutes les personnes intéressées à notre fête annuelle à Bienne! Nous nous retrouverons pour un échange chaleureux autour d’une bière, d’un verre de vin et d’une collation l’après-midi du samedi 11 septembre.

A la santé du journalisme! Parfois révélatrices et passionnantes, parfois interpellantes et stimulantes, les enquêtes sont indispensables au journalisme, les enquêtes sont indispensables au journalisme. Elles sont sa sève – et révèlent souvent ce qui est caché.

Nous voulons réfléchir à ce qui fait l’essence de ce genre. Avec plaisir et enthousiasme, dans une atmosphère détendue sur les rives du lac à Bienne. A l’occasion de sa fête annuelle, investigativ.ch, le réseau suisse des journalistes d’investigation, vous prépare un petit sommet de la branche.

Cécile Tran-Tien (RTS) et Philippe Reichen (Rédaction Tamedia) nous diront pourquoi ce métier les passionne en dépit des difficultés. Et nous remettrons le Sabot d’Or 2021. Mais nous voulons avant tout laisser la place à la discussion, au réseautage et à l’échange d’expériences. Evidemment autour d’une bière, d’un verre et de vin et d’une collation.

Le nombre de places étant limité, il est impératif de vous inscrire ici.
Participation aux frais: 10.- pour les membres, 20.- pour les non-membres.

Nous nous réjouissons de vous retrouver !

Meilleures salutations,

L’équipe d’investigativ.ch

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Date: 11 septembre dès 15h

Lieu: Dock4 à Biel-Bienne

Accès: Avec le train sans changement depuis Zurich (1h09), Berne (28 minutes), Bâle (1h07) et Lausanne (1 heure).

Programme: Interventions de Cécile Tran-Tien (RTS) et de Philippe Reichen (Tamedia), remise du Sabot d’Or, apéro riche en toute convivialité

Participation aux frais: 10.- pour les membres, 20.- pour les non-membres

Inscription: Le nombre de places étant limité, merci de vous inscrire ici.

Marc Meschenmoser nouveau coprésident d’investigativ.ch

La présidence d’investigativ.ch se renforce: Marc Meschenmoser est le nouveau coprésident du réseau suisse des journalistes d’investigation.

Déjà élu par les membres lors de l’assemblée de l’année dernière, Marc Meschenmoser (cf. portrait) a officiellement pris ses fonctions ce mois-ci. Son mot de bienvenue:

«Comment sauver l’enquête dans cette nouvelle ère qui s’ouvre pour le journalisme? Les éléments essentiels sont connus de tous: de nombreux éditeurs considèrent le plus souvent l’enquête comme une dépense et non comme un investissement à long terme et prennent des mesures d’économies qui diminuent le nombre de journalistes dans ce domaine. Alors que les autorités, l’économie et les organisations multiplient les postes de relations publiques.

Mon objectif, en tant que nouveau coprésident, avec la coprésidente Cathrin Caprez, le comité et bien sûr vous tous, est de redonner une voix forte à notre organisation. Investigativ.ch doit être pris au sérieux dans la Berne fédérale et veut aussi se renforcer en tant que plateforme d’échange et de formation continue pour les journalistes d’investigation.

Ce type de journalisme doit être renforcé en Suisse. Car ce que nous avons réalisé est aujourd’hui menacé par des politiciens qui entendent réduire la liberté de la presse et par la pression mise sur toujours plus de rédactions pour réaliser des économies qui rendent la pratique de l’enquête plus difficile. Merci pour votre soutien et votre participation active.»

L’article «muselière» ne protège pas les personnes qu’il prétend protéger

L’association investigativ.ch est déçue de la décision du Conseil des Etats concernant les mesures provisionnelles, une décision qui donne encore plus de pouvoir à des personnes influentes pour censurer des enquêtes journalistiques gênantes.

Actuellement déjà, les juges peuvent stopper préventivement des publications ou des émissions lorsque les plaignants font valoir que la protection de leur personnalité est mise en danger. Le principe est bon: il s’agit d’empêcher des critiques infondées ou de graves dommages pour l’image lorsque l’information qui doit être diffusée ne revêt que peu ou pas du tout d’intérêt public.

Mais, en réalité, cette possibilité est souvent utilisée par des personnes influentes pour empêcher la diffusion d’informations gênantes les concernant, par exemple des accusations de corruption, de blanchiment d’argent ou de fraude fiscale. Les criminelles et criminels économiques ont aussi, souvent, les ressources financières pour saisir la justice, avec les avocats les plus aguerris à ce type de démarche, et obtenir des mesures empêchant ou repoussant la diffusion. Lutter contre ces démarches coûte aujourd’hui déjà beaucoup (trop) d’argent aux journalistes visés.

Lors de la session d’été, le Conseil des Etats a facilité l’obtention de ces mesures en supprimant un mot dans l’article du Code de procédure civile qui règle les mesures provisionnelles. En effet, en l’état, la justice exige que l’atteinte soit «propre à causer un préjudice particulièrement grave». La Chambre des cantons a supprimé l’adverbe «particulièrement.» Les sénatrices et sénateurs estiment qu’il faut rétablir l’équilibre en faveur des droits de la personnalité de Madame et Monsieur Tout-le-monde. Ils ont ainsi jugé caduc un équilibre qui avait pourtant été élaboré par deux groupes d’experts.

En réalité, la suppression du mot «particulièrement» ne protègera pas les «simples» citoyennes et citoyens. Ce sont les personnes influentes qui obtiendront, avec cette réforme, davantage de munitions pour bloquer encore plus facilement une publication ou une diffusion. La décision du Conseil des Etats met en danger la liberté de la presse et ne va absolument pas dans le sens de la transparence et des intérêts publics.

Investigativ.ch est déçue de cette décision. Nous demandons au Conseil national de remettre ce dossier sur les bons rails, en écoutant les représentantes et représentants des médias et en maintenant l’adverbe «particulièrement» dans l’article 266 du Code de procédure civile. Le texte actuel suffit, le Conseil fédéral en est également convaincu. Un changement dans le sens voulu par le Conseil des Etats entravera le travail journalistique et pourrait empêcher de faire la lumière sur des délits et des crimes.

Les Etats ne suppriment pas les émoluments

Le Conseil des Etats n’est pas entré en matière sur la proposition d’exonération des émoluments pour l’accès aux documents de l’administration. Une déception pour investigativ.ch.

Le travail d’investigativ.ch et de Loitransparence.ch, soutenu par plus de 600 professionnel-le-s des médias, n’a pas suffi: par 21 voix contre 16 et 3 abstentions, la Chambre des cantons a refusé de discuter du projet de modification de la Loi sur la transparence. Seuls les élus de gauche, Johanna Gapany (PLR, FR) et Werner Salzmann (UDC, BE) ont voté l’entrée en matière.

Lisa Mazzone (Verts, GE) et Hans Stöckli (PS, BE) ont relevé l’engagement de la branche des médias. Sa forte mobilisation, avec notamment l’envoi d’un courrier aux conseillères et conseillers aux Etats, a montré l’importance du projet pour les journalistes, a souligné le socialiste.

A l’initiative de Loitransparence.ch et du réseau de recherche investigativ.ch, les principaux groupes de médias (la SSR, Médias Suisses, Ringier, etc.) et plus de 600 professionnel-le-s, dont 50 rédactrices et rédacteurs en chef, ont signé la lettre ouverte.

Le dossier retourne à présent à la commission des institutions politiques du Conseil National. Si le projet n’aboutit pas, les autorités pourront toujours entraver le travail des journalistes en réclamant des émoluments, ce qui contredit la volonté du législateur.

La Loi fédérale sur la transparence s’est avérée depuis son entrée en vigueur en 2006 un important outil de recherche. Le nombre de contributions journalistiques réalisées grâce aux lois fédérale et cantonales a été multiplié par cinq depuis 2016.

Grâce à elles, d’importants disfonctionnements de l’administration ont été révélés, comme l’affaire de corruption au Seco, les notes de frais excessives à l’armée ou les erreurs de jugement de la Swiss National COVID-19 Science Taskforce au début de la pandémie en février 2020.

Fiona Endres, membre du comité, présélectionnée pour le Prix Nannen

C’est son enquête sur Crypto SA qui vaut à Fiona Endres, membre de notre comité, d’être retenue sur la short-list du plus prestigieux prix de journalisme du monde germanophone.

Ils ont démasqué l’usine d’espionnage Crypto SA: les journalistes de SRF Fiona Endres, Anielle Peterhans et Nicole Vögele de l’émission «Rundschau» ont révélé, dans une enquête conjointement menée avec ZDF et le Washington Post, une opération d’écoute mondiale des services de renseignement américains et allemands. Les dispositifs de cryptage trafiqués de la société suisse Crypto SA y ont joué un rôle central.

Plus d’une centaine d’Etats ont été espionnés par la CIA et le BND. Des centaines de milliers de messages entre agences gouvernementales, autorités, ambassades et agences militaires ont été systématiquement interceptés. L’ampleur des résultats est énorme – et a eu des conséquences. Suite aux investigations de «Rundschau», le Conseil fédéral avait immédiatement suspendu la licence d’exportation de la société Crypto International SA (l’une des deux sociétés ayant succédé à Crypto SA) et confié une enquête à l’ancien juge fédéral Niklaus Oberholzer. La Délégation des Commissions de gestion a également mené une enquête et a publié son rapport à l’automne dernier.

Fiona Endres, membre du comité d’investigativ.ch, et ses deux collègues ont été présélectionnés pour le Prix Nannen 2021 dans la catégorie «investigation». C’est, sur les cinq catégories du Prix, celle qui connaît la plus forte concurrence: près de 200 contributions de tous les genres médiatiques ont été soumises, et seules les dix meilleures productions ont été retenues. Celles-ci se disputent à présent les trois nominations pour la meilleure enquête de l’année. La cérémonie de remise des prix aura lieu le 1er juin. Nous croisons les doigts!