Banque Reyl: Les journalistes n’ont fait que leur travail
Dans l’affaire de la Banque Reyl vs Tamedia, le Ministère public genevois fait clairement passer la liberté de la presse avant le secret bancaire. Cependant, les journalistes qui enquêtent sur le secteur financier ne peuvent pas pour autant être soulagés.
Texte: Céline Graf
L’an dernier, la banque privée Reyl a porté plainte contre trois journalistes de la cellule enquête de Tamedia, qui avaient révélé des dysfonctionnements au sein de la banque ainsi que le rôle discutable joué par l’administratrice et l’ancienne conseillère fédérale Ruth Metzler dans cette affaire. Les avocats de la banque ont accusé les journalistes de violer le secret bancaire et ont exigé que les rédactions du Tages-Anzeiger, de la Tribune de Genève ainsi que les domiciles des journalistes concernés soient perquisitionnés.
Le Ministère public genevois a finalement rejeté toutes les requêtes – et même, selon le Tages-Anzeiger, les a «balayées» dans une ordonnance de douze pages. Les informations publiées dans l’article de Tamedia relèvent «de la mission professionnelle des journalistes», notamment en tant que «chiens de garde» dans une société démocratique, et sont «d’intérêt général», a motivé le procureur général Olivier Jornot dans sa décision rendue en novembre 2025. En d’autres termes: les journalistes n’ont fait que leur travail.
Les journalistes qui enquêtent sur la place financière ne peuvent pas souffler pour autant. Les tentatives d’intimidation et de censure de la banque ne sont pas seulement inadmissibles, elles sont aussi très préoccupantes pour les médias et pour la population.
L’affaire Reyl vs Tamedia rappelle que la liberté des médias en Suisse est sensiblement fragilisée par des politiques guidées par des intérêts particuliers, comme l’article 47 de la Loi sur les banques. Celui-ci stipule que les journalistes qui publient des informations obtenues en violation du secret bancaire encourent une peine de prison. Avec une telle législation, la Suisse fait figure d’exception sur la carte mondiale de la liberté de la presse, critique notamment Reporters sans frontières.
Du point de vue d’investigativ.ch également, une modification de la loi reste nécessaire. De telles plaintes intimidantes ne devraient tout simplement pas être possibles.
