Sabot d’or 2025: Les nominés!
Qui mérite le Sabot d’or 2025 pour avoir commis la plus importante entrave à l’information? Comme chaque année, le comité d’investigativ.ch a sélectionné les candidats les plus prometteurs parmi vos nombreuses propositions.
- Scandale environnemental étouffé: Groupe d’emballage Amcor
- Articles censurés: Institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic
- Conseil juridique contre les enquêtes: Département de la défense DDPS
- Campagnes juridiques contre les médias: Entrepreneur Stéphane Barbier-Mueller
Tous les membres d’investigativ.ch peuvent voter. Ils ont reçu un courriel à cet effet.
Scandale environnemental étouffé
Plusieurs incidents au cours desquels des substances toxiques contenant des PFAS ont été rejetées dans l’environnement se sont produits au sein du groupe australien d’emballage Amcor Flexibles Rorschach AG à Goldach, dans le canton de Saint-Gall. De plus, l’eau utilisée pour éteindre un incendie n’a pas été évacuée de manière appropriée: elle s’est déversée dans une rivière avant d’atteindre le lac de Constance, le plus grand réservoir d’eau potable d’Europe. L’entreprise a cependant tenté pendant des années de dissimuler ses erreurs. Non seulement Amcor n’a jamais communiqué de manière proactive sur ces incidents, mais a également cherché à retarder, minimiser ou masquer les informations destinées aux autorités, aux médias et au public. Ce n’est qu’après les investigations du St. Galler Tagblatt que l’affaire a été dévoilée.
Extrait de la prise de position d’Amcor:
Nous avons rendu publique notre position concernant les événements survenus à Goldach et avons exprimé nos regrets. Le fait qu’Amcor entreprenne les démarches juridiques appropriées pour protéger ses droits et ceux de ses collaboratrices et collaborateurs s’inscrit dans le cadre d’une société normative fondée sur les faits et l’état de droit. Ces mesures de protection juridique ne constituent en aucun cas un obstacle à la transparence ni une atteinte à la liberté de la presse, que nous soutenons pleinement.
Nomination & prises de position détaillées (en allemand)
Articles censurés
Au début de l’année, l’institut suisse des produits thérapeutiques Swissmedic a interdit à plusieurs grands titres et groupes de presse suisses – parmi lesquels la NZZ, Ringier et 20 Minuten – de publier certains articles portant sur de nouvelles injections amaigrissantes. Selon lui, ces articles constitueraient une forme de publicité pour des médicaments spécifiques. Les médias concernés ainsi que plusieurs spécialistes du droit y voient une forme de censure et critiquent l’interprétation jugée trop extensive de la loi sur les produits thérapeutiques par l’autorité. En effet, presque toute couverture éditoriale relative à des médicaments – y compris un article critique – pourrait être considérée comme de la publicité. Or, des thèmes tels que la perte de poids font partie du débat public.
Extrait de la prise de position d’Swissmedic:
Le Parlement a édicté une interdiction de la publicité destinée au public pour les médicaments soumis à prescription, afin de protéger la santé publique. Cette mesure vise à éviter que les consommatrices et consommateurs ne fassent un usage inapproprié de médicaments sur la base d’affirmations unilatérales ou exagérées. Jusqu’à présent, plusieurs décisions de justice ont confirmé cette approche. Une couverture médiatique équilibrée, complète et objective reste entièrement possible — à condition que toutes les options thérapeutiques soient mentionnées, que les risques connus soient présentés et qu’aucun produit particulier ne soit mis en avant.
Nomination & prises de position détaillées (en allemand)
Conseils juridiques contre les enquêtes
A l’été 2025, il a été révélé que le Département fédéral de la défense (DDPS) avait dépensé, au cours des deux années précédentes, 175’000 francs d’argent public pour obtenir des conseils juridiques externes – uniquement afin de se préparer à répondre à des demandes de documents de la part de journalistes s’appuyant sur la loi sur la transparence (LTrans). Au lieu de divulguer les pièces demandées, le département a mandaté une étude d’avocats zurichoise pour argumenter juridiquement contre leur publication. S’y ajoute une gestion de la communication jugée de plus en plus problématique: le DDPS publie des «rectifications» qui n’en sont pas vraiment, mais plutôt des plaidoyers en sa propre faveur. Même lorsque des faits se sont manifestement avérés faux, le département supprime des extraits ou refuse de reconnaître ses erreurs – comme dans le cas des prétendus prix fixes pour l’avion de combat F-35.
Extrait de la prise de position du DDPS:
Nous pourrions vous expliquer en détail, pour chaque dossier, pourquoi nous avons communiqué de la manière que vous critiquez – par exemple que nous devons tenir compte des prescriptions légales en matière d’acquisitions et gérer avec responsabilité des informations sensibles liées à la sécurité de notre pays, ou encore que nous devons, dans la tension entre ces exigences et le besoin d’information, parfois renoncer à une transparence totale […]. Il nous semble toutefois plus important de considérer cette nomination comme un encouragement à poursuivre l’amélioration de nos pratiques, à renforcer la transparence et à continuer de remplir notre mission d’information telle que définie par la loi.
Nomination & prises de position détaillées (en allemand)
Campagnes juridiques contre les médias
L’entrepreneur genevois Stéphane Barbier-Mueller a lancé des poursuites à l’encontre de nombreux médias et journalistes, parfois accompagnées d’un commandement de payer pouvant aller jusqu’à 620’000 francs, afin d’empêcher la publication de son nom. Ces poursuites pénales et civiles visaient des articles mentionnant son implication dans le procès de l’ancien directeur de la banque Raiffeisen qui s’est tenu en 2022. Certaines affaires ont été portées devant le Tribunal fédéral, qui a systématiquement donné raison aux médias. L’un des exemples les plus récents: une procédure est actuellement en cours contre le journal genevois Le Courrier, ce qui mobilise beaucoup de ressources pour un petit journal indépendant. Le tribunal de première instance a donné raison au journal.
Réponse: Stéphane Barbier-Mueller n’a pas répondu à notre demande de prise de position.
Nomination détaillée (en français)
